Réflexions sur l’invisibilité des figures majeures des musiques traditionnelles dans l’historiographie musicale du Venezuela

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Tout au long des recherches menées dans le cadre de cette thèse, un constat s’est imposé avec une clarté accrue : une partie non négligeable des principales figures du monde des musiques traditionnelles et rurales sont largement absentes de l’historiographie musicale vénézuélienne. Cet oubli est particulièrement frappant dans le contexte des communautés afro-descendantes, pour lesquelles la musique représente une part essentielle de l’identité culturelle et sociale. Il semble que cet effacement soit principalement imputable à une méconnaissance des cercles académiques et institutionnels vis-à-vis de ces traditions musicales et de leur contexte.

La difficulté à accéder à des sources documentaires solides sur certains musiciens clés de l’histoire de la bandola – pour ne mentionner qu’un aspect spécifique de l’ethnomusicologie vénézuélienne – illustre bien cette lacune. Ce vide historiographique est encore plus évident lorsqu’il s’agit de la bandola d’El Guapo, un instrument et un répertoire qui, bien que cruciaux dans la région de Barlovento, ont rarement fait l’objet d’études approfondies. Parmi les musiciens significatifs de cet instrument, les noms d’Inocencio Caraballo, Juan Rebolledo, Angel Matute, Jorge Alvarado, Patrocino Herrera, Pancho Bolívar et Regino Colina, pour ne citer que ces exemples, ressortent de manière éclatante. Ces artistes, porteurs d’une tradition orale riche et souvent complexe, demeurent pour la plupart inconnus dans les travaux académiques. Pourtant, leurs parcours et leurs œuvres pourraient contribuer de manière significative à éclairer non seulement l’histoire de la bandola au sein de la région de Barlovento, mais également son expansion et ses adaptations dans des régions telles que Guaribe, ainsi que l’évolution du Joropo central, genre important du répertoire vénézuélien.

Grâce aux travaux de terrain réalisés par Jesús Chucho García, nous disposons de quelques récits précieux concernant certains musiciens de la région de Barlovento. Ces témoignages, bien qu’essentiels pour la sauvegarde de la mémoire collective, restent néanmoins partiels et fragmentaires. Ils soulignent ainsi l’importance de renforcer et de compléter cette documentation, en tirant profit des avancées technologiques actuelles. Il est donc urgent de mettre en place une archive audio-visuelle exhaustive des artistes encore vivants, qui sont les dépositaires directs de la tradition orale. Cette méthode ancestrale de transmission, a en effet permis la préservation et la pérennité des codes culturels qui définissent les musiques rurales du Venezuela.